Pourquoi le groupe Écologiste et social a-t-il décidé de lancer à l'Assemblée une commission d'enquête sur les dépendances et les vulnérabilités dans le secteur du numérique ?
Nous ne pouvons plus détourner les yeux des impacts délétères des multinationales du numérique : des femmes et des enfants qu'on demande à l'IA de déshabiller ; des algorithmes addictifs entraînant un manque de sommeil, une dévalorisation de soi, parfois jusqu'au suicide ; la mise en vente des données issues des téléphones de 20 % de la population belge ou de 1 million de Français·es ; l'identification de la position du porte-avions Charles-de-Gaulle grâce à l'application Strava ou de bases militaires françaises via Tinder ; le gouffre énergétique de l'IA ; les risques de coupures d'accès à des services indispensables fournis par des entreprises américaines…
Il est temps de sortir du déni de réalité quant à nos dépendances numériques, d'y faire face et d'arrêter de subir.
Mais est-ce qu'on peut vraiment faire quelque chose ?
Oui, absolument. Saviez-vous que l'Inde a interdit TikTok, que le Brésil a bloqué temporairement X sur son territoire pour obtenir de Musk qu'il se conforme à une décision de la Cour suprême brésilienne ? Il ne faut donc pas avoir peur du rapport de force ni des solutions radicales pour faire bouger les choses.
De la même manière, nous allons regarder combien coûte Microsoft au service public. Nous savons déjà que l'Éducation nationale pourrait dépenser jusqu'à 152 millions d'euros, que le CNRS verse chaque année 5,5 millions d'euros à Microsoft et 6 millions pour le CEA. Il faut accélérer le plan de sortie, même progressif, de Microsoft au sein des administrations et, dans le même temps, soutenir les logiciels libres, les communs numériques et l'open source. Enfin, nous disposons d'outils réglementaires européens comme le Digital Services Act et le RGPD. Il faut maintenant mettre la pression sur l'Union européenne et l'Irlande (pays d'implantation des grandes firmes de la tech) pour que ces lois soient pleinement appliquées.
Ce sont des premières pistes. Je vous tiendrai au courant de ce que nous trouvons, de l'avancée des réflexions dans une newsletter intitulée « Numériques, enquête sur nos vulnérabilités » : n'hésitez pas à vous inscrire.
C'est quoi exactement une commission d'enquête ?
Les commissions d'enquête sont un des outils dont disposent les parlementaires pour contrôler l'action du gouvernement, via l'étude de documents transmis par des acteurs publics ou privés et grâce à des auditions publiques. Vous pouvez retrouver les vidéos et comptes rendus des auditions sur le site de l'Assemblée nationale.
Cette commission est présidée par Philippe Latombe (groupe Démocrate) et j'en suis la rapporteure. Nicolas Bonnet siège à mes côtés pour le groupe écologiste et social. Et nous travaillerons ensemble jusqu'à la remise du rapport mi-juillet.
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